Que mange une chenille et combien de temps dure cette phase vorace ?

La chenille est le stade larvaire des lépidoptères, papillons diurnes et nocturnes confondus. Son unique fonction biologique durant cette phase tient en un mot : manger. Chaque espèce de chenille se nourrit d’un végétal précis, sa plante-hôte, choisie par le papillon femelle au moment de la ponte. La durée de cette période de nutrition intensive varie de quelques semaines à plusieurs mois selon l’espèce et les conditions climatiques.

Plante-hôte et régime alimentaire des chenilles

Les chenilles sont quasi exclusivement phytophages : elles consomment des végétaux, et pas n’importe lesquels. Le papillon adulte pond ses œufs sur une plante précise, celle dont les feuilles nourriront les larves de l’éclosion jusqu’à la nymphose.

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Trois catégories décrivent le degré de spécialisation alimentaire d’une chenille :

  • Les chenilles monophages n’acceptent qu’une seule plante. Le Paon du jour (Aglais io) se nourrit exclusivement d’orties. La chenille du monarque ne mange que l’asclépiade, et celle du machaon se limite aux Apiacées.
  • Les chenilles oligophages tolèrent un petit nombre de plantes, souvent de la même famille botanique. La Mélitée du plantain en est un exemple classique.
  • Les chenilles polyphages acceptent un large éventail de végétaux. Elles sont minoritaires, mais ce sont souvent celles que l’on croise au potager ou au jardin, car elles s’adaptent à plusieurs cultures.

Cette spécialisation explique pourquoi une chenille trouvée sur un rosier ne survivra pas forcément sur un chou, et inversement. Retirer une chenille de sa plante-hôte revient souvent à la condamner.

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Grosse chenille poilue orange et noire dévorant une feuille de chou dans un potager

Chenilles du potager : piéride du chou et dégâts sur les cultures

Parmi les chenilles les plus connues des jardiniers, la piéride du chou occupe une place à part. Ce papillon blanc pond ses œufs sur les feuilles de choux, brocolis, navets et autres brassicacées. Les larves, vert pâle avec de fines lignes jaunes, dévorent le feuillage jusqu’à ne laisser que les nervures.

Les dégâts surviennent vite. Une ponte de piéride peut compter plusieurs dizaines d’œufs, et les chenilles atteignent leur pic de consommation durant les derniers stades larvaires. Un plant de chou peut être squelettisé en quelques jours si la population n’est pas contrôlée.

Protéger le potager sans pesticides

Les filets anti-insectes posés dès la plantation restent la méthode la plus efficace pour empêcher les piérides de pondre sur les choux. Le maillage doit être suffisamment fin pour bloquer les papillons tout en laissant passer l’eau et la lumière.

L’inspection régulière des feuilles permet de repérer les œufs, souvent groupés sur la face inférieure. Les retirer à la main avant l’éclosion évite toute prolifération. Cette surveillance est plus réaliste sur un petit potager que sur de grandes surfaces.

Durée de la phase larvaire selon les espèces de chenilles

La durée du stade chenille varie considérablement d’une espèce à l’autre. Chez la plupart des papillons diurnes des jardins, la phase larvaire dure entre trois et six semaines. La chenille passe par plusieurs stades de croissance, appelés stades larvaires, séparés par des mues successives.

Deux cas documentés illustrent bien l’étendue de cette variation :

  • La tordeuse des bourgeons de l’épinette, ravageur forestier suivi par les services québécois, reste au stade larvaire actif et défoliateur environ un mois au printemps, période durant laquelle elle consomme intensément les aiguilles de sapin baumier et d’épinette.
  • Les chenilles processionnaires du pin éclosent cinq à six semaines après la ponte, puis leur phase de nutrition sur les aiguilles s’étale sur plusieurs mois en automne et en hiver, ce qui affaiblit fortement les arbres.

La consommation de nourriture n’est pas linéaire. Les derniers stades larvaires concentrent la majorité de l’alimentation. Une chenille de dernier stade peut ingérer plus de feuillage en deux ou trois jours que durant toute la première moitié de son développement.

Chenille vert pâle en phase voraces sur une branche de bouleau avec feuilles partiellement dévorées en forêt

Chenilles processionnaires : un cas particulier au jardin

Les chenilles processionnaires du pin et du chêne méritent une attention séparée, non pas pour ce qu’elles mangent, mais pour les risques qu’elles posent. Leurs poils urticants provoquent des réactions allergiques chez les humains et les animaux domestiques.

Côté alimentation, la processionnaire du pin se nourrit exclusivement d’aiguilles de pins et de cèdres. Son cycle larvaire, étalé sur l’automne et l’hiver, est inhabituellement long comparé aux autres chenilles de nos régions. Les nids soyeux blancs, visibles dans les branches, signalent leur présence.

Gestion des processionnaires dans les jardins

L’échenillage, qui consiste à retirer et détruire les nids avant la descente des chenilles en procession, reste la méthode mécanique de référence. Des pièges à collier installés autour du tronc interceptent les larves lors de leur descente printanière. Dans tous les cas, la manipulation directe sans protection est à proscrire en raison du pouvoir urticant persistant des poils, même sur des nids abandonnés.

Chenille verte au jardin : faut-il s’inquiéter ou la laisser grandir ?

Trouver une chenille verte sur un rosier, un arbre fruitier ou une haie ne signifie pas forcément une menace pour les plantes. Beaucoup de chenilles vertes appartiennent à des espèces de papillons sans impact notable sur les cultures. Leur consommation de feuilles reste modeste et ne compromet pas la santé du végétal.

Le réflexe d’éliminer toute chenille aperçue au jardin pose un problème écologique. Les chenilles sont une source de nourriture majeure pour les oiseaux nicheurs. Une mésange bleue nourrit ses poussins avec plusieurs centaines de chenilles durant la période d’élevage. Supprimer les chenilles, c’est aussi réduire la ressource alimentaire de toute une chaîne.

Avant d’intervenir, identifier l’espèce permet de distinguer un ravageur réel (piéride du chou sur brassicacées, processionnaire sur pin) d’une chenille inoffensive qui deviendra un papillon pollinisateur. La cohabitation reste possible dans la grande majorité des cas, à condition d’accepter quelques feuilles grignotées.

Le régime alimentaire d’une chenille est dicté par le choix de ponte du papillon, et la durée de cette phase vorace dépend de l’espèce autant que du climat. Pour un jardinier, la connaissance de la plante-hôte et du calendrier larvaire suffit à gérer la cohabitation avec les chenilles, qu’il s’agisse de protéger un rang de choux avec des filets ou de laisser une chenille verte terminer tranquillement sa croissance sur un pommier.